Histoire de la Médecine Traditionnelle Chinoise

À travers le temps, toutes les civilisations ont développé leurs propres médecines, leurs remèdes et leurs solutions face aux maux qu’elles devaient affronter. Europe, Asie, Amérique, Afrique… Dans le monde, les plantes et autres végétaux utilisés aujourd’hui ont d’abord été découverts puis utilisés par les ancêtres et précepteurs de la médecine moderne. La Médecine traditionnelle chinoise est une forme de médecine alternative millénaire et originaire, comme son nom l’indique, de Chine. Voici son histoire.

Qu’est-ce que la Médecine traditionnelle chinoise ?

La Médecine traditionnelle chinoise est un ensemble de pratiques et de théories de santé élaboré au cours des millénaires qui forment l’histoire de la Chine. Au sens le plus large, cette forme de médecine implique des traditions religieuses, orales, magiques, médicinales et folkloriques provenant de plusieurs communautés et ethnies formant ce que l’on appelle « le monde chinois ».

Plus globalement, la médecine traditionnelle chinoise est la médecine qui se réfère à des corpus de textes écrits et datant de plusieurs millénaires. Avec les médecines traditionnelles indienne (ayurvédique) et méditerranéenne (galénique), elle appartient aux grandes médecines traditionnelles savantes.

Plusieurs disciplines forment donc la médecine traditionnelle chinoise. Parmi elles se trouvent alors le massage, les exercices énergétiques, l’acupuncture, la diététique, la moxibustion et la pharmacopée. Aujourd’hui, elle constitue une médecine alternative largement utilisée en Chine, en Asie et dans le reste du monde. Mais quelle est sa véritable histoire ?

L’histoire de la médecine traditionnelle chinoise

La médecine traditionnelle chinoise est une médecine millénaire. Elle a traversé les siècles et s’est précisée au fil des dynasties. Ses origines sont très lointaines.

médecine de chine

Les origines de la médecine chinoise

En Chine, il est estimé que la médecine traditionnelle est essentiellement liée à trois empereurs et personnages mythiques. Ils sont donc :

  • Shennong, le père de la phytothérapie et de l’agriculture, que l’on nomme aussi le « divin laboureur ». C’est à lui que l’on attribue le premier traité des matières médicinales (ou « Bencao »).
  • Fuxi serait à l’origine du livre des mutations. On le considère encore aujourd’hui comme le plus ancien livre de Chine.
  • Huang Di, le créateur de la médecine et des rites, est aussi nommé « l’Empereur Jaune ». On le pense à l’origine du « Classique de la Tradition ésotérique de l’Empereur Jaune » (Nei Jing, en chinois).

Selon les historiens, les cultures néolithiques chinoises sont apparues aux alentours de 9 000 ans av. J.-C, dans les régions les plus végétalisées et fleuries du pays. L’une de ces régions les plus connues est celle de Yangshao, qui se distingue avec le début de l’agriculture et l’émergence de villages permanents. C’est aux alentours de 5 000 ans av. J.-C. que les premiers écrits sont apparus sous la forme de pictogrammes. Avant cette époque (entre 20 000 et 9 000 ans av. J.-C.), une longue période de transition a été marquée par des innovations conséquentes, et pourtant indépendantes les unes des autres. Parmi elles : la domestication des animaux, la sédentarité, la poterie… C’est donc au cours de ces millénaires passés que les communautés de chasseurs-cueilleurs ont commencé à se sédentariser et à se moderniser.

La médecine chinoise sous les premières dynasties

C’est sous la dynastie Shang (de 1700 à 1500 av. J.-C.) que les premiers termes médicaux sont apparus. À cette époque, on les utilisait essentiellement à des fins divinatoires. Parmi ces termes se trouvait le mot « chi » (maladie), qui s’associait alors à une partie du corps humain. Sous cette dynastie, les morts et les vivants vivaient ensemble. Selon le culte des ancêtres, les vivants honoraient les morts pour obtenir leurs bienfaits et leur bonheur. On considérait alors la maladie comme une rupture de ce lien. Le devin-guérisseur intervenait : il faisait don d’une offrande réparatrice pour guérir le malade. Par la suite, on a commencé à attribuer la maladie au froid, au vent et à la neige. Pour la première fois, elle était alors liée à des influences naturelles, et non pas surnaturelles. Des approches plus « terre-à-terre » ont finalement commencé à remplacer les méthodes divinatoires dans la médecine traditionnelle chinoise.

Sous la dynastie Zhou (XIe au IIIe siècle av. J.-C.), et plus précisément durant ses derniers siècles, une nouvelle pensée médicale et philosophique est apparue. Et ce, de manière synchrone avec le monde grec. Cette pensée ne portait plus sur les ancêtres, les démons ou les dieux, mais sur des forces naturelles. Pour la première fois, des médecins ont constitué une corporation indépendante. Cette dernière se composait alors d’une hiérarchie en termes de médecins : diététiciens, vétérinaires, médecins des plaies et de l’externe, médecins de l’interne, maîtres-médecins…

La médecine chinoise antique

Sous la dynastie Han (221 av. J.C-220 apr. J.-C.), le monde chinois s’est unifié. Une période de taoïsme a alors débuté et s’est étendue jusqu’au viie siècle apr. J.-C. Les recherches en termes de pharmacopée, de médecine et d’alchimie sont devenues les activités principales des maîtres taoïstes.

Histoire de la Médecine Traditionnelle Chinoise

Les ouvrages de médecine se sont complétés au fil des siècles, mais aucune refonte critique des écrits précédents n’a été réalisée. En Chine, le respect de l’autorité était un critère dominant. Et dans la pensée chinoise traditionnelle, il était impensable de remettre en question les écrits précédents. Les conceptions intemporelles se sont aussi développées à cette époque.

Dans les mêmes ouvrages médicaux se retrouvaient des chapitres d’origines et d’âges très différents. Pour les Chinois, le Nei Jing Si Wen possédait la même valeur qu’un libre moderne. Ses premiers fragments remontent aux Ve et IIIe siècles av. J.-C. Des adaptations simplifiées des anciens écrits sont proposées par les sinologues. D’après les historiens, les premiers écrits médicaux attestés datent de 580 et 320 av. J.-C. Ils sont présents dans le Zuo Zhuan.

De nombreux ouvrages sont rédigés sous la dynastie des Han. Parmi eux, des ouvrages médicaux d’importance dans la médecine traditionnelle chinoise :

  • Jin fang : Recueils de Recettes,
  • Yijing : Classiques de la Médecine,
  • Shenxian : Méthode et Recettes pour Devenir Immortel ;
  • Fangzhong : Traités de la Chambre à Coucher.

La médecine chinoise classique

La médecine traditionnelle chinoise a continué d’évoluer au fil des siècles, sous l’influence de grands noms de la médecine et de nombreuses découvertes. Les effets des plantes, des insectes et des animaux sur l’organisme humain ont été précisés. Les maladies se sont aussi précisées. Et ils ont commencé à porter des noms très précis. Les études de médecine et la recherche se sont organisées, tout comme les protocoles médicaux se sont précisés. La thérapeutique chirurgicale connaissait déjà plusieurs traitements. On traitait aussi la carie dentaire. Et de nouveaux ouvrages ont fait leur apparition :

  • Fu Lu Lun : Traité du Bonheur ;
  • Qian Jin Fang : Mille Recettes de Valeur ;
  • Zhen zhong Su Shu : Au sein de l’oreiller ;
  • She Sheng Zhen Lu: Recueil sur l’hygiène ;
  • San Jiao Lun : Traité des Trois Religions ;
  • Yin Hai Jing Wei : Connaissance exhaustive de la Mer d’argent.

Sous la dynastie Song (960-1279), la médecine traditionnelle chinoise a fait d’énormes progrès, tout comme les sciences et les techniques. Cette époque est considérée comme celle des grands savants. La médecine légale a aussi fait sa première apparition et la médecine a continué de se développer. Au cours de cette époque, plusieurs grands noms de la médecine rédigeaient des ouvrages de référence, comme Hu Zheng Qi Huei et Hua Shou.

médecine de chine

La médecine traditionnelle chinoise sous les Ming

La Dynastie Ming (1368-1644) a offert un nouvel âge d’or à la Chine. C’est à cette époque que la Chine a produit l’un de ses plus grands ouvrages médicaux : le Grand Traité de Matière Médicale, de Li Shizhen (1518-1593). Ce livre résulte de près de trente années de travail. Il constitue un traité de thérapeutique et de pathologie. Il reprend alors l’histoire naturelle en classifiant les produits végétaux, minéraux et animaux. D’importantes données (sciences, médecine, mathématiques…) viennent aussi le compléter :

Le Zhen Jiu Da Cheng s’agrandit de dix chapitres portant sur l’acupuncture, et rédigés par Yang Jizhou. Chen Yu Fa publie un traité de massothérapie pédiatrique à cette même époque. Au fil des siècles, la Médecine traditionnelle chinoise a continué de se préciser. C’est au cours du XVIe siècle que l’Occident a découvert la médecine chinoise et ses préceptes. Et ce, par le biais des missionnaires jésuites.

Les grands noms de la médecine traditionnelle chinoise

La médecine traditionnelle chinoise, comme toute autre médecine, possède ses propres précurseurs. Médecins, pédiatres, acupuncteurs, médecins légistes, phytothérapeutes, thérapeutes… Toutes les branches de la médecine chinoise sont devenues des spécialités.

Chúnyú yì

Ayant vécu de 215 av. J.-C. ou 216 av. J.-C. –167 av. J.-C., il était fonctionnaire et médecin. Il a rédigé des observations au sujet de nombreuses maladies et pratiques médicales. Parmi les maladies qu’il cite dans ses œuvres se trouvent la pyélonéphrite, l’angine infantile, le lumbago traumatique, la cirrhose, l’hernie, l’abcès… Il a aussi détaillé ses diagnostics et les traitements prescrits aux maladies. Parmi ses observations se trouvent donc des protocoles d’examens cliniques, des pronostics, des diagnostics, des justifications de traitement, etc.

Zhāng Zhòngjǐng

Surnommé « l’inventeur de la symptomatologie et de la thérapeutique chinoise », on le considère encore aujourd’hui comme l’égal d’Hippocrate en Chine. Ayant vécu de 158 à 219, il est le premier homme à avoir différencié de manière très nette les symptômes du yin et du yang. Il est aussi à l’origine du « traité de la fièvre typhoïde et des diverses maladies » ainsi que du « traité de la fièvre typhoïde et des maladies subites ». À travers ses écrits, les historiens ont alors retrouvé des analyses diverses portant sur les maladies chroniques, les maladies aiguës, et les fièvres.

Hua Tuó

Il était un grand chirurgien, ayant vécu de l’an 110 à l’an 207. Plusieurs découvertes lui ont aussi été attribuées, telles que celle de la narcose. Il a alors mené différentes opérations sous anesthésie générale au chanvre indien, dont des greffes d’organes et des résections intestinales. Il est à l’origine des onguents contre les inflammations, de la suture et des traitements contre les ascaris. De plus, les historiens estiment aussi qu’il fut le premier à choisir la phalange comme une unité de mesure. De son vivant, il recommandait déjà l’hydrothérapie et la balnéothérapie. Ce même homme est également connu dans l’histoire de l’obstétrique, puisqu’il parvint à diagnostiquer la mort intra-utérine d’un enfant.

Gě Hóng

Gě Hóng est l’un des taoïstes les plus connus de son époque (283-343). Il est à l’origine de plusieurs traités portant sur la magie, l’alchimie, la diététique et la médecine. « Prescriptions d’Urgence » et « Médications du Coffre d’Or » sont donc les titres de ses deux ouvrages médicaux. Il y livre des conseils pour éviter les maladies et prolonger la vie des patients à l’aide de la médecine préventive. Gě Hóng a aussi développé deux techniques de longévité et il est le premier à avoir décrit la variole, la peste bubonique, le béribéri et la phtisie. Ce médecin d’une autre époque a souhaité mettre à disposition des remèdes pour tous. Il utilisait alors les plantes pour traiter bon nombre de maladies. Et il constitue ainsi l’un des plus anciens médecins et phytothérapeutes du monde.

Táo Hóngjǐng

De 456-536, Táo Hóngjǐng rassemble des annotations de textes de pharmacopée et nous livre le Commentaire du Traité des matières médicinales, qu’il complète et corrige après avoir effectué des recherches. Il a aussi ajouté de nouvelles espèces végétales et animales à la médecine chinoise. Enfin, cet homme a également inventé une classification selon la catégorie naturelle de l’ingrédient (insecte, plante) dans ses ouvrages.

Histoire de la Médecine Traditionnelle Chinoise

La médecine traditionnelle chinoise aujourd’hui

Aujourd’hui, on considère la médecine traditionnelle chinoise comme une médecine alternative, dont certaines disciplines s’exercent professionnellement, à l’image de l’acupuncture. Elle est également une sorte de marque, présente dans des centaines de pays à travers le monde, et toujours contrôlée par la Chine.

Une médecine officiellement reconnue

En 2017, cette médecine a alors été reconnue par l’Assemblée mondiale de la santé au sein de l’International Statistical Classification of Diseases and Related Health Problems (ICD). Cette reconnaissance a donc permis à des thérapeutes agréés, des hôpitaux et des pharmacies de nombreux pays, en Asie ainsi que sur tous les continents, de proposer des soins basés sur les croyances et pratiques chinoises. Aujourd’hui, des remèdes à base de plantes et à l’efficacité démontrée par les études scientifiques sont élaborés et vendus dans le monde entier. Si certains profitent de la notoriété de cette médecine pour proposer des produits totalement inefficaces, on sait aujourd’hui que les plantes auxquelles cette forme de médecine a recours sont belles et bien efficaces. Des études scientifiques viennent le prouver.

La Médecine traditionnelle chinoise : quel avenir ?

Si elle a longtemps été mise de côté, elle connaît aujourd’hui un essor conséquent en Occident. En effet, la Médecine traditionnelle chinoise prône de nombreux remèdes naturels face aux maux courants. Le plus souvent élaborés à base de plantes et de mélanges de végétaux, ils nous permettent donc de traiter naturellement nos douleurs et maladies.

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